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Edition 2006
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LE FRANC
de Djibril Diop Mambéty,
Sénégal 1994, 44’
Film de la trilogie inachevée Histoires de petites gens
Interprètes : Lissa Baléra, Taörou M’Baye, Oumou Samb, Moussa Baldé, Dieynaba Laam, Martin N’Gom
Marigo, le musicien, rêve de son instrument, un congoma, que lui a confisqué sa logeuse pour cause de son non-paiement chronique du loyer. S'appropriant un billet de la loterie nationale, il décide de le mettre en sécurité en attendant le tirage: il le colle sur sa porte et le recouvre du poster d'un héros de son enfance. Le soir du tirage, la fortune explose aux yeux de Marigo. Le numéro gagant est celui de son billet! Marigo se voit déjà millionnaire avec mille congomas, un orchestre, un avion particulier... Mais l'ennui est que Marigo a collé le billet à sa porte. Il arrache alors la porte de ses gonds et l'emporte au guichet de la loterie...
Film de la trilogie inachevée Histoires de petites gens
Interprètes: Lissa Balera, Tayerou M'Baye
Une fillette d'une dizaine d'années, handicapée physique, doit se déplacer à l'aide de béquilles. Elle mendie pour survivre et aider sa grand-mère aveugle. Un jour, elle décide de mettre un terme à cette vie qu'elle ne supporte plus. Elle décide de vendre des journeaux dans la rue comme tous ces garçons qui la bousculent. Peu à peu, elle se fait respecter malgré toutes les tentatives pour la décourager. Dans la rue, elle rencontre un monde sans pitié qu'elle connaît bien mais aussi l'amitié partagée entre petites gens.



Trilogie Amputée
Il n’existe peut-être rien de plus tragique qu’une œuvre inachevée. Celle de Djibril Diop Mambety va laisser un grand nombre de cinéphiles sur leur faim. Les Histoires de Petites Gens ne seront jamais complètes. Le 23 juillet 1998 Mambety, le formidable conteur, s’est définitivement tu.
Le Franc, tourné en1994, est la première histoire de cette trilogie amputée. Marigo est un homme simple, un musicien pauvre et farfelu. Un jour, il tente sa chance et achète un billet de loterie qu’il colle à la porte de son humble demeure pour être sûr de ne pas le perdre. Marigo gagne le gros lot. Il va être riche et rêve déjà d’un orchestre, d’un jet privé... Seul problème, il est impossible pour ce grand escogriffe de décoller le billet gagnant de sa porte. Qu’à cela ne tienne, Marigo traversera la ville en portant la porte sur son dos… Le Franc est un conte drôle et émouvant. Marigo est un clown qui nous rappelle le Monsieur Hulot de Tati et le Charlot de Chaplin. C’est un sage un peu fou qui dort les pieds en l’air et trébuche sur tous les obstacles. Il a pour compagnon un petit homme aussi grand que son tibia. Ce couple surréaliste fonctionne parfaitement : le petit et le grand, le malin et l’ahuri, sans vulgarité ni moquerie, sans véritables éclats de rire non plus. La magie africaine du sourire permanent, bien loin du concept douteux d’Austin Powers aux ingrédients pourtant similaires. Le Franc, c’est bien sûr Marigo, son état d’esprit de fonceur irréfléchi. C’est aussi cette monnaie pour laquelle notre héros subit son chemin de croix. Ce franc CFA dévalué le jour du tirage au sort. Mambety insiste alors un peu plus sur l’aspect futile de cette quête : Marigo lutte avec franchise pour un franc sans valeur…
Le deuxième moyen métrage, lui aussi de quarante cinq minutes, est le deuxième volet des Histoires de Petites Gens. La petite vendeuse de Soleil est, là aussi, un conte. Sili est une petite fille d’une dizaine d’années qui est obligé de mendier pour faire vivre sa famille. Elle est handicapée et se déplace à l’aide de béquilles. Devant elle, les jeunes garçons de Dakar vendent des journaux n’hésitant pas à la bousculer pour avoir la primeur des clients. Sili décide de réagir : dès le lendemain, elle vendra aussi des journaux parmi ces vauriens. Ce rapide résumé est trompeur sur la réelle sensibilité du film. A première vue, Sili est une victime censée inspirer de la pitié au spectateur. Mais bien au contraire, cette petite fille est aussi rayonnante que le Soleil, incroyablement courageuse et battante. Si elle vend le Soleil, quotidien sénégalais tiré à plus de vingt cinq mille exemplaires et toujours proche du pouvoir depuis sa création en 1970, c’est pour prouver qu’elle ne doit rien à personne et qu’elle peut faire aussi bien que les garçons. Son sourire lumineux attire les clients qui ont réellement l’impression de lui acheter du Soleil. Sili, quant à elle, est fière de son action. Elle pense rapprocher le pouvoir du peuple en vendant ce journal public. Intelligente, elle attise la haine des autres vendeurs qui sont sans pitié. Son grand cœur la rapprochera d’un jeune garçon beaucoup plus grand que les autres. Il sera son ami, son protecteur, ses jambes… La petite vendeuse de Soleil est un film incroyablement positif qui donne la part belle au courage et à la tolérance. Mambety est visiblement tombé amoureux de cette petite fille et de son combat de femme. " La femme sous toutes ses latitudes, a toujours été au fond de mes nuits " disait-il. Cette petite fille là sera bientôt au fond des vôtre.
Le Franc et La petite vendeuse de Soleil sont des films pour enfant qui tiennent un langage adulte. On peut apprendre à tout âge et Djibril Diop Mambety est un très bon professeur. L’ironie de la chose voudra que le cinéaste, qui donna tant d’importance à l’anormalité et aux handicaps dans son œuvre, ne termine qu’une trilogie à deux pattes, magnifiquement monstrueuse.
Jonathan Lecarpentier
http://www.fluctuat.net/cinema/chroniques/djibril.htm
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